Le texte ci-dessous (disponible au format .pdf) relaie un premier regard critique sur le mécanisme de la montée à l’avant. Il appelle d’autres contributions, alimentées notamment par les avis, les témoignages et les propositions que nous vous invitons à laisser sur la page du Forum ou sur le répondeur téléphonique au 0478/23.06.19.
L’HEURE de ne plus pointer
Bulletin passe-mural du Collectif sans ticket-Bruxelles / n°4 / mai 2003
MONTER A L’AVANT ? SHIVA NOUS MENT !
Depuis le lundi 12 mai, la direction de la STIB « propose » une innovation
aux usagers et à ses conducteurs : l’obligation de monter dans les véhicules
par les portes avant pour y subir un contrôle systématique du titre de
transport. La première ligne concernée (avant septembre) est celle du bus 59
(Haren-Ixelles).
Les conséquences « techniques » d’une telle mesure sont assez claires et prévisibles : des bouchons devant l’unique porte réservée à la montée, une
plus grande difficulté à prendre place dans les véhicules, un allongement
des distances à parcourir à pied (obligation par exemple de remonter toute
la longueur du bus qui précède, lors d’une correspondance où l’on saute d’un
bus dans un autre), etc.
Au total : une baisse de la vitesse commerciale, dont tous les usagers
feront les frais.
On peut admettre, malgré tout, qu’après une période « d’adaptation », sur le
plan technique, la situation pourrait plus ou moins « rentrer dans l’ordre ».
Mais, justement : la portée de cette mesure n’est pas avant tout technique.
C’est surtout une manipulation mentale et sociale que la STIB tente sur
nous, usagers comme conducteurs. Une manipulation qui joue sur la
désinformation et les amalgames.
QU’EST-CE QUI EST "TOUT NATUREL ?"
A la STIB, le service « Relations avec la clientèle » (sic) justifie la
manoeuvre de cette façon : « nos clients demandent un système plus équitable
en matière de paiement. Comme il existe une obligation de payer pour l’accès
aux véhicules, tout le monde est tenu de s’y soumettre ».
Oui, tout le monde doit mettre de sa poche lorsqu’il veut monter dans un
bus.
Sauf les salariés non précaires, dont l’employeur couvre totalement ou
au moins à 60% le prix de l’abonnement (depuis 03/01).
Sauf les plus de 65 ans, pour qui la Région bruxelloise finance l’accès gratuit (07/02).
Sauf les moins de 12 ans (04/02).
Sauf les fonctionnaires, pour qui le train est aussi remboursé à 88% (09/01).
Sauf les VIPOs et assimilés, qui ont 80% de réduction sur l’abonnement.
Sauf les fonctionnaires européens, qui jouissent de l’accès gratuit aux lignes 21 et 22.
Sauf les journalistes (75% de réduction).
Sauf les anciens combattants.
Sauf les élus politiques.
Sauf les indépendants, qui peuvent déduire leurs dépenses de déplacement comme frais professionnels.
Sauf...
Eh oui. Lorsque la STIB dit « tout le monde doit payer », elle veut dire «
seuls 30% des usagers doivent payer ».
Qui sont ces 30% qui doivent payer, souvent le prix plein ? Les travailleurs
précaires, les chômeurs, les étudiants sans aide extérieure, les sans
papiers, les sans statut et les sans abris. Précisément les catégories d’
usagers les moins fortunées, qui, pour leur démarches et leurs activités
quotidiennes, comptent le plus sur les transports publics. Précisément aussi
les passagers les moins « rentables » si la STIB était privatisée !
Voilà ce que réalise la montée à l’avant : garantir la soumission des plus
précaires et la redistribution des richesses... à l’envers - « moins tu as,
plus tu paies ».
Résister à cette manipulation n’est pas « naturel » : c’est simplement
humain, juste et légitime.
COMMENT REAGIR ENSEMBLE ?
Le système de la montée à l’avant exige une condition pour s’appliquer : l’
adhésion pratique des usagers. NOTRE adhésion à un mécanisme discriminatoire.
Si un pourcentage, même faible, de voyageurs avec ou sans ticket, refuse de marcher dans la combine, il peuvent s’y opposer efficacement..
Dès aujourd’hui, montons par l’arrière du bus 59 aussi souvent que possible !
Une fois dans le bus, appuyons sur le bouton d’ouverture des portes
arrière quand quelqu’un veut monter par là !
Il ne s’agit pas d’un acte illégal : il ne cause pas de trouble à l’ordre
public et ne perturbe pas le service normal de la STIB. Il contribue au contraire à maintenir la vitesse commerciale sur la ligne.
Pour regrouper les multitudes de petites résistances et être tenu informé-e
de la situation, envoyez-nous vos coordonnées !
Collectif sans ticket (CST) - Bruxelles
Tél. (+ répondeur) : 0478/23.06.19
collectifsansticket@altern.org
Forum sur le libre accès : www.collectifs.net/cst