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Une recherche-action sur la SNCB : Pourquoi ? Comment ?

Collectif sans ticket - 1er février 2000


La double exigence que nous portons, celle d’élucider et de transformer aussi bien les pratiques collectives que le champ où elles interviennent, nous a poussé à chercher du côté de la méthodologie participative pour appréhender la SNCB. Sans avoir énormément planché sur des questions de méthode, nous avons qualifié cette démarche du terme de « recherche–action ». Plus d’ailleurs par ce qu’il évoque directement, ce lien entre théorie et pratique, que par l’adoption d’un suivi rigoureux voire procédurier, comme nous pouvons le trouver dans certains ouvrages qui traitent de ce genre de thème.


L’idée de départ, en tous cas celle que nous avions en juillet 99, était, d’une part, d’aller plus loin dans la connaissance pratique que nous livrait l’usage de la carte de droit aux transports à bord des trains - grâce aux innombrables discussions auxquelles elle donne naissance - et, d’autre part, d’expérimenter via la recherche–action un type d’intervention dans la SNCB : fait de rencontres, de mise en réseau et de co-production de savoirs entre « eux », travailleurs et « nous », usagers. L’objectif de ce travail étant d’ouvrir une brèche dans le cloisonnement très présent entre les travailleurs et les usagers.

Nous décidons dès lors de voyager là où très peu d’usagers circulent, dans l’envers du décor, arpentant les bureaux administratifs, sillonnant les dépôts ou flânant dans les arrière-salles des services marchandises. De rencontrer des dizaines de personnes, à tous les étages de la hiérarchie : le médecin, le manager, l’ingénieur, l’urbaniste, le poseur de voies, le conducteur, le mécano, le livreur de petits colis d’ABX.

La recherche-action dont cette rubrique contient le compte-rendu est animée par trois mouvements et adopte comme base le point de vue du militant-chercheur. Une optique qui vise à mettre en lumière les ressources et les contradictions du champ investigué, à dévoiler les possibles qu’il recèle, tout en nouant une série de contacts.

Premier mouvement et premier temps aussi : il nous a fallu, novices que nous étions, comprendre comment s’organise, se vit…le champ des transports et l’entrée par laquelle nous y prenions pied, la SNCB. Nous nous sommes attelés à mettre à plat et à décrire cette entreprise regroupant plus de 40.000 personnes. Son histoire, ses changements techniques, organisationnels, sa gestion de l’encadrement, ses luttes, ses acteurs et leurs influences (plans politique, patronal, syndical, européen,…), son cadre institutionnel… Bref, tenter de saisir par l’écrit, l’oral, le gestuel… ce qu’il se passe dans cette entreprise en voie de privatisation.

Mais cette description s’inscrit dans un cadre plus large, ni plus ni moins que celui des modifications structurelles du capitalisme. C’est à l’intérieur de ces changements que nous formulons une série d’hypothèses que nous cherchons à tester et à valider. Les hypothèses formulées sont celles que nous avions élaborées lors d’une rencontre avec le Centre Social Occupé « El Laboratorio » de Madrid, en mai 1999). A l’époque nous les avions formulées comme suit :

- 1) la dimension de l’espace public : elle se reconfigure, se modifie et s’ouvre à de nouvelles questions. Face à cela, l’investigation permet d’acquérir de nouveaux savoirs et des expériences qui à leur tour permettront de transformer cette sphère publique et politique ».

- 2) la dimension de la société de contrôle. L’exercice du pouvoir adopte de nouvelles stratégies, il produit du réel sous d’autres formes que celles de la société disciplinaire. Il s’agit pour nous d’intervenir et de localiser ses espaces vides ou de faiblesse, tout en renforçant les dispositifs concrets de résistance.

Nous ajoutions que ces deux hypothèses « doivent être travaillées concrètement - et pas de manière idéologique ou rhétorique - via l’investigation pratique qui nous permet de voir si elles sont valables ou pas. Il ne s’agit pas de faire du scientisme mais de relier nos réflexions au réel. Il ne s’agit pas non plus de rester limité à l’activisme et aux revendications sans pensée approfondie. »

Ces questions nous amènent aux deux autres mouvements de la recherche.

D’abord, celui lié à l’appropriation d’une parole qui sorte du discours technicien ou managérial. Autrement dit, produire une parole, des savoirs, antagonistes, centrés sur la conflictualité sociale et sur la subversion de la réalité.

Le dernier mouvement tente d’inscrire cette conflictualité dans la totalité (ou dans une partie) des rencontres que nous effectuons. Il ne doit à ce titre y avoir ni « sujet » ni « objet » de la recherche mais des co-producteurs d’une dynamique de transformation. C’est ce que nous avons nommé la « coopération sociale ».

Voilà en quelques mots ce qui nous a incité à écrire collectivement ce texte. Faire un arrêt sur image, tenter de formuler des questions, d’approfondir des problèmes. Enfin, se mettre en risque dans un savoir balbutiant, en construction, récoltant des informations à droite et à gauche tout en essayant de les relier, de les faire vivre entre elles.








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