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Titre 2 : SIGNES, ESPACES ET DEMARCHES

Groupe de "recherche-action" - décembre 2000


En cohérence avec le concept même de recherche-action, le texte qui suit, même s’il est souvent formulé de manière affirmative, doit être compris comme un énoncé d’hypothèses de travail et de réflexion.

Aujourd’hui donc, en même temps que le capitalisme se redéfinit concrètement et fondamentalement, il se passe quelque chose qui est aussi en recomposition et en développement, de manière profonde et multiforme, au sein de cette Banlieue vivante du Travail Salarié que, pour sa refonte, le capitalisme doit investir, capter, contrôler, intégrer dans sa nouvelle dynamique.


Ce quelque chose est de l’ordre de la résistance et de la fuite, tout autant que de la contre-capture, voire de la transformation du rapport assujetti tant aux institutions du Contrôle Social qu’à ce salariat en mutation structurelle et formelle, historiquement et idéologiquement construit comme mode central de réponse aux besoins et aux désirs individuels (par le Revenu qu’il procure légitimement) comme mode unique de production de lien social (par le statut actif et reconnu qu’il me permet de jouer dans la production de biens ou de services), comme mode essentiel d’intégration sociale (par le statut de Citoyen qu’il me permet dès lors de jouer et de revendiquer).

L’objet central de notre recherche-action sera de percevoir et de comprendre mieux ce qu’est ce « quelque chose », où, comment et pourquoi il émerge, à partir de qui, avec quels potentiels politiques antagoniques. Il se concentrera avec davantage d’attention encore aux savoirs mineurs qui produisent cette émergence ou que celle-ci fait naître, à leurs modes de circulation, aux revendications que le potentiel, l’impact et le développement de ces savoirs peuvent rendre tant légitimes que nécessaires, aux luttes nouvelles également qu’ils peuvent nourrir.

Il se concentrera avec une attention particulière également aux problèmes, aux potentiels et aux désirs de mobilité que « ce quelque chose » en émergence peut faire apparaître, et donc ici aussi tant aux revendications que la BTS pourrait porter dans ce domaine en terme de transformation et de contrôle des réponses instituées, initiées par les pouvoirs publics, qu’aux initiatives collectives, autonomes (au sens d’auto-produites et d’auto- contrôlées ) et coopérantes, qu’elle pourrait initier par elle-même dans l’espace public, en réponses à ses propres nécessités et désirs légitimes.

Notons d’emblée, mais nous y reviendrons, que, par la nature singulière de la recherche que nous entendons mener et donc du processus de questionnement, de mise à jour et d’élucidation de ces réalités, les pratiques concrètes qui s’y développent, résistantes, innovantes, instituantes, voire constituantes, devraient s’en trouver renforcées.

Sur le plan ou versant spécifique de la recherche, nous avons actuellement « prédécoupé » les pratiques à observer, à « rendre parlantes » d’elles-mêmes, en 4 phénomènes émergents.

1. Pratiques de fuite ou encore de « détournement de la norme » :

Ces pratiques, sous certains aspects, ne sont pas nouvelles, mais on peut faire l’hypothèse qu’à la fois, elles se diversifient, s’étendent (prennent un caractère massif, non prémédité), voire gagnent en légitimité dans la BTS. Elles peuvent prendre la forme de l’organisation plus ou moins voulue et auto-contrôlée de l’in-employabilité (automutilation, maladie simulée ou auto-suggestive, toxicomanie, dépression, psychose, …), la forme de l’agression/destruction « individuelle » de symboles de domination, la forme de « la débrouillardise », soit pour augmenter ou maintenir son revenu social (donc un revenu où « ce que je produis n’est pas capturé, contractualisé) , soit pour réduire ses « obligations » de payer ce qui est consommé (donc échapper à l’obligation de laisser capturer, contractualiser l’accès à ce dont j’ai besoin pour (sur)vivre).

La mise à jour de ces pratiques soulève de multiples questions :

En terme de contenu tout d’abord : ces pratiques sont-elles individuelles mais massives ? Sont-elles clandestines mais conscientes et organisées ? Quels sont les réseaux de complicité, de solidarité, de transfert de savoirs (et savoir-faire) qui les sous-tendent ? Ces réseaux s’articulent-ils dans une mise en lien d’espaces de fixation, d’espaces agrégés (et non agréés bien sûr) ? Lesquels ?

En terme de méthodologie  : comment rencontrer ce qui « se cache » ? faire parler ce qui « se tait » ? comprendre ce qui s’hermétise ?

En terme d’éthique et de stratégie politique  : pourquoi et autour de quels contenus, quelles revendications, quels « gains », mettre à jour ces pratiques ? Comment éviter que cette mise à jour renforce ou permette leur capture ou leur contrôle, donc les rende inopérantes ?

2. Emergence de nouveaux espaces et de nouvelles pratiques collectives d’assistance/solidarité, non étatiques et non caritatifs.

Trois phénomènes sont observables : ces pratiques inondent tous les besoins en terme de « services » (alimentation, hygiène corporelle, jeux et garderie pour enfants, objets de première nécessité, vêtements, abris contre le froid, …) ; elles reposent sur un engagement bénévole de banlieusards du salariat (et non plus exclusivement de personnes issues des classes moyennes ou dominantes « bien pensantes ») ; elles mettent en rencontre des « anciens » et des « nouveaux » banlieusards (il n’y a plus d’indignité à y être).

Question ici aussi (entre autres) : ces espaces agrégés, et souvent agréés (en ce qu’ils restent en général institutionellement construits comme espaces de domination/contrôle) sont-ils en voie de transformaton/de réappropriation collective par les banlieusards et pour eux-mêmes ? Qu’est-ce qui s’y joue en tout cas, s’y noue, s’y vit, qui est potentiellement instituant ? A partir de quels sujets, autour de quel contenu, avec quelles alliances ?…

3. Emergence de micro espaces/services publics à caractère autonome (aussi appelés « laboratoires d’expérimentation sociale »).

Ici, se produit « autrement », se construit « autrement », se vit « autrement » du lien social. Espaces de vie, de production ou de consommation singuliers, différenciés, « non marchands », ces pratiques aussi investissent de multiples besoins ou désirs. SEL, groupes d’achat alimentaire, coopératives agricoles, librairies associatives, restos populaires, espaces culturels, « zines » alternatifs, studio de production musicale ou vidéo, cinéma, troupes de théâtre, artistes de rue, maisons médicales, squatt, ludothèques, infothèques, … De l’alimentation au logement ou à la santé (?), en passant (beaucoup) par des pratiques culturelles ou artistiques, ces expériences, en rupture par rapport aux modes dominants et en pari sur d’autres possibles, se caractérisent notamment par leur dimension « micro ». Elles constituent cependant une myriade d’espaces agrégés, collectifs et conviviaux où s’investit la BTS et où se développent des savoirs mineurs extrêmement riches et complexes.

Questionner ces pratiques, dans leur dimension émergente et instituante, s ‘avère incontournable pour notre recherche. Comprendre, diffuser et faire circuler ce qui en fonde et en conditionne l’émergence, ce qui peut en renforcer l’existence, ce qui s’y développe, y circule, s’y échange comme savoirs, ce qui s’y invente comme « contre-société » ou « autre société », comme autres rapports au temps, à l’espace, au travail, à l’échange des biens et des savoirs, à l’espace public, aux désirs, au langage, … peut nous éclairer tant sur « ce qui se passe », sur « ce quelque chose » qui se construit dans la BTS, que sur ce qui peut y renforcer l’autonomie, la coopération sociale, l’antagonisme politique.

4. Emergence des « tribus ».

Nous avons peu aborder ce phénomène jusqu’à présent. Il se pourrait cependant qu’il constitue le phénomène le plus porteur et le plus instituant actuellement à l’œuvre dans la BTS. Dès lors, que sont ces tribus ? Qu’est-ce qui les singularise, les rend attractives, mais du coup peut-être les transforme tant dans leur identité que dans leur rapport au tissu social (en terme d’ouverture, d’échange, de coopération) ? Quel type de rapports développent –elles par ailleurs à l’Institutionnel, à la chose publique, au Politique, à l’Espace-temps et géographique, … ? Quels savoirs sur toutes ces choses s’y développent, s’y expérimentent, s’y échangent ? Comment s’en nourrir et en alimenter la BTS ? …











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