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La carte de droit aux transports
Petit "vade-mecum"


De plus en plus de personnes doivent aujourd’hui consacrer une part croissante de leurs ressources à l’exercice d’un droit aussi élémentaire que celui de se déplacer...



Les Collectifs sans ticket sont nés (d’une initiative de travailleurs précaires, de chômeurs, de minimexés, d’étudiants,...) à partir d’un constat simple : de plus en plus de personnes doivent aujourd’hui consacrer une part croissante de leurs ressources à l’exercice d’un droit aussi élémentaire que celui de se déplacer...


et beaucoup finissent tout simplement par y renoncer, avec toutes les conséquences que cela implique sur les liens de solidarité, la vie affective, l’épanouissement culturel et social,... [1]. Après avoir étudié les possibilités de réaction à une telle situation, plutôt que de déposer un cahier de doléances et un dossier sur le bureau de l’un ou l’autre mandataire politique (nous attendrions sans doute toujours à l’heure qu’il est un "signe" de leur part...), nous nous sommes décidés à intervenir par nous-mêmes, entre autres au moyen de la carte de droit aux transports.

Ce document, sorte d’abonnement autonome, remplit au moins deux fonctions :

- Il permet à celui qui s’en sert de libérer concrètement des capacités individuelles de déplacement, d’accéder à des infrastructures qu’il finance déjà (par les impôts directs, la TVA,...), bref de ne pas devoir choisir entre manger correctement et prendre le train, entre acheter un journal et rendre visite à un ami en bus...

- La carte nous donne aussi (et peut-être surtout) l’occasion d’affirmer par la pratique une exigence collective : celle de services publics de transport, extérieurs à toute recherche de profit et auxquels chacun doit avoir accès de la même manière, sans vérification préalable de ses revenus ou de son statut, sans "compartimentage" supplémentaire. Cet aspect de la démarche la différencie radicalement d’une pratique de "fraude". L’objectif n’est pas ici de se dissimuler, de passer à travers les filets de contrôle mais tout au contraire d’afficher et de mettre en oeuvre un autre rapport aux transports en commun, un projet de revalorisation de leur rôle, que signale l’utilisation de la carte. Une telle revalorisation ne nous paraît d’ailleurs envisageable que si les usagers et le personnel des sociétés de transport l’élaborent conjointement.

Voilà notamment ce dont la carte nous permet de discuter avec les contrôleurs de la SNCB et de la STIB, eux aussi directement menacés dans leur quotidien par une privatisation déjà bien engagée...

De plus, la carte n’est pas destinée spécifiquement à telle ou telle catégorie de la population, même si la plupart de ceux qui l’emploient pour le moment sont chômeurs, minimexés, travailleurs précaires ou retraités. Le morcellement statutaire engendre bien plus de problèmes qu’il n’en règle (critères d’attribution, contrôles supplémentaires,...) et chacun n’est-il pas libre, quels que soient ses revenus et ses origines, d’exprimer son engagement en faveur de transports réellement publics ? (tant mieux si des cadres supérieurs se servent de la carte pour voyager en train par exemple plutôt que de polluer et de tuer sur des autoroutes que les non automobilistes financent également !!).

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Carte de droit au transport

Sur le plan pratique

Toute personne qui souhaite s’associer à l’initiative est invitée à remplir la deuxième face de la carte, à y apposer si possible une photo d’identité (des contrôleurs nous l’ont déjà fait remarquer, lorsqu’elle manquait !) et à la conserver en poche ou dans le portefeuille lors de ses déplacements en transport en commun. Nous la montrons à chaque contrôle (ce qui se produit presque systématiquement à la SNCB et évidemment plus rarement sur le réseau de la STIB). Les contrôleurs, selon leur type de réaction, peuvent être grosso modo regroupés en deux catégories : - ceux qui acceptent que nous circulions librement avec la carte (certains sympathisent explicitement, d’autres écoutent notre explication ou lisent la carte et nous la rendent simplement sans verbaliser) ; nous avons été les premiers surpris de découvrir qu’un bon nombre des "accompagnateurs de train" à la SNCB réagit de cette façon... - ceux qui dressent un P.V., par opposition personnelle ou, le plus souvent, parce qu’ils doivent "appliquer le règlement", que ce n’est pas leur problème,... ; même dans leur cas, un minimum d’échange sur les raisons de notre pratique, sur la précarisation de leurs conditions de travail,... est souvent possible !

Nous conseillons à toute personne qui reçoit un P.V. de nous l’envoyer (et d’en conserver une copie). Nous les accumulons - nous en avons maintenant plusieurs centaines pour Bruxelles, SNCB et STIB confondues - et nous nous en servons comme d’un "levier" lors de rencontres avec les responsables des compagnies de transport ou les "décideurs" politiques. En effet, cette série de P.V. est bien autre chose qu’une addition de contraventions individuelles : elle traduit la prise de risques qu’assume un nombre croissant de citoyens responsables, le mécanisme de discrimination qui sanctionne la simple mise en pratique de ce que les pouvoirs publics sont censés eux-mêmes garantir : l’accessibilité des transports pour tous. Cette pratique embarrasse sérieusement les compagnies... et devra tôt ou tard déboucher sur des mesures politiques (la quasi-gratuité des trains pour tous les fonctionnaires, les plus de 65 ans et les moins de 12 ans en sont un avant-goût).

Bien sûr, l’utilisation de la carte, comme l’indique son mode d’emploi, implique donc une part de responsabilité personnelle : le CST n’assure personne que des poursuites n’auront pas lieu, qu’aucun procès ne sera engagé... Nous tentons toutefois de mettre le maximum d’atouts de notre côté, par exemple en travaillant avec un groupe d’avocats. Mais la meilleure "prévention" contre les procédures judiciaires reste le rapport de force que permet, entre autres, l’extension de la pratique du droit aux transports. Plus le nombre d’utilisateurs de la carte et de personnes responsabilisées envers l’organisation des déplacements sera grand, plus les sociétés de transport y regarderont à deux fois avant de se lancer dans des procès dont le coût et la publicité risquent de les mettre à mal...

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Carte de droit au transport

Et au-delà de la carte ?

En dehors de la propagation de la carte, les CST tentent de rencontrer le plus possible d’acteurs dans le domaine de la mobilité et des déplacements (des décideurs politiques aux associations d’usagers, en passant par les travailleurs des sociétés de transport). Nous espérons de cette manière non seulement situer chacun par rapport à sa pratique, ses positions,... mais aussi commencer à nouer des liens entre des personnes ou des groupes souvent cloisonnés, à éveiller les possibilités de coopération sociale entre eux. Pour que chacun puisse exercer ensuite un plus grand contrôle sur son environnement immédiat, ses conditions de vie, son sort tout simplement... donc bien au-delà de la seule question des déplacements.



[1] à titre de contre-exemple, il suffit de savoir que la gratuité des bus à Hasselt, pourtant limitée au centre ville, a engendré une multiplication par quatre du nombre de visites rendues dans les maisons de repos et les hôpitaux !...











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