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2. Naissance de la SNCB
Rapport 2000



La guerre de 14-18 met fin à la période du « bourgeois conquérant », commencée quelques années plus tôt (1870). Ce cycle d’une quarantaine d’années fut imprégné par le phénomène de la mondialisation de l’économie, effectuée via une stratégie impériale (Grande-Bretagne) et colonisatrice (Belgique,…). La période qui suivit cette expansion, l’entre-deux guerres, fut un moment de doute radical pour les tenants du « laisser faire » et il fallut attendre une cinquantaine d’années pour les revoir pavoiser dans les salons.


Ce n’est pas seulement la gestion économique du système capitaliste qui était mise en cause et son incapacité structurelle à prévoir quoi que ce soit qui semait le doute dans leur tête mais aussi la forme d’organisation sociale qu’ils avaient créée, la démocratie représentative. A la sortie de la « grande boucherie » de 18, non seulement l’économie était à terre mais en plus est apparue sur la scène mondiale l’Union Soviétique. Evénement qui fit bouger plus d’un neurone dans la tête des dirigeants comme dans la « classe dangereuse ». Celle-ci, d’ailleurs, s’organisant de plus en plus, voyait dans l’horizon une promesse de libération (pour garder un peu la phraséologie de l’époque). « Les conséquences indirectes du bouleversement ouvert par 1917 ont été aussi profondes que les conséquences directes. L’après révolution russe a amorcé le processus d’émancipation coloniale et de décolonisation tout en provoquant une nouvelle donne politique en Europe : celle de la contre-révolution effrénée (fascisme,…) et de la social-démocratie (…). Et aussi parce qu’elle fut en fait le sauveur du capitalisme libéral : en permettant à l’occident de gagner la seconde guerre mondiale contre l’Allemagne hitlérienne, mais aussi en incitant le capitalisme à se réformer (…) et à renoncer à l’orthodoxie du marché". [1]

En attendant, les années 1920-1930 virent l’apparition du chômage de masse, sans ou avec très peu de protection sociale. Il culmina en Belgique autour de 25 % vers 32-33. « L’image qui dominait à l’époque était celle des soupes populaires, et des marches de la faim des chômeurs, quittant les baraquements sans fumée où l’on ne fabriquait plus ni acier ni bateau pour converger vers les capitales et dénoncer ceux qu’ils tenaient pour responsables". [2]

Le crach de 1929 était venu confirmer, si besoin était, l’extrême fragilité du système et surtout sa dimension interactive. A chaque effondrement de l’économie capitaliste mondiale se crée désormais le cercle vicieux des dégringolades des indices économiques qui, dans leur chute, s’entraînent mutuellement. [3]

C’est dans ce contexte socio-économique que l’Etat Belge créa la Société Nationale des Chemins de fer Belges. Il ne le fit pas pour des raisons politiques ou philosophiques : ce n’était pas une nationalisation mais plutôt une stratégie visant à renforcer le franc belge. En effet, la situation politique du royaume dans le milieu des années 20 est marquée par la victoire électorale du POB, le 5 avril 1925. Le gouvernement qui sortit alors des urnes fut la première coalition socialiste – chrétienne en Belgique. Mais le gouvernement Poullet (catholique) – Vandervelde (POB) ne fit pas long feu, dès mai 26 un remaniement ministériel s’effectue et voit l’arrivée des libéraux. Selon l’historien Pierson, l’échec est dû à l’attaque de la grande finance sur cette coalition inédite pour l’époque. « Au début 26, la haute finance décida d’en finir avec le gouvernement démocratique (…) une campagne de défaitisme sema la défiance tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Elle prédisait (cette rumeur) la banqueroute imminente (de la banque centrale), provoquant des demandes de plus en plus massives de remboursement de bons de trésors (…)". [4]

En juillet 26, le nouveau premier ministre Jaspar obtient les pouvoirs spéciaux et mène une opération d’échange de bons du trésor contre des actions à la SNCB, qui venait d’être créée pour l’occasion.

Par cet acte, l’Etat concède la gestion du rail à la Société Nationale des Chemins de fer Belges pour une durée de 75 ans. La nature de cette concession va se modifier au fil du temps. Les rapports socio-politiques aussi. Efforçons-nous à tracer les grandes lignes de ces transformations, en prenant comme point d’entrée les années 60-70.



[1] HOBSBAWN E., « l’âge des extrêmes », p. 121, éd. Complexe, Bruxelles, 1999

[2] idem, p. 133

[3] L’indice chômage ayant alors systématiquement tendance à effectuer une courbe vers le haut. Plus près de nous, par exemple, la crise indonésienne a laissé sur le carreau plus d’un million de personnes. Celle d’août 1998 en Russie fit même un peu mieux, selon le ministre russe du travail, avec 1,1 million de travailleurs licenciés.

[4] PIERSON, « Histoire du socialisme belge », 1953. Une autre lecture, un peu plus interne, montre que la force de résistance des socialistes à cette attaque fut digne, toutes proportions gardées, de la manière dont ECOLO actuellement affirme ses positions dans le gouvernement « arc-en-ciel ».








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