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Lappersfront : après un an de résistance, négociations et actions sont au coude à coude

Collectif sans ticket - 7 octobre 2002


DERNIERS DEVELOPPEMENTS AUTOUR DU LAPPERSFORT : Comme on s’y attendait, le bois du Lappersfort a été investi ce lundi 14 octobre par un impressionnant déploiement de forces policières - 120 hommes au total, en comptant les spécialistes en escalade employés par des firmes privées.


Malgré l’arrestation rapide de la plupart des occupants du bois, l’opération d’expulsion aura duré sept heures environ, le dernier défenseur de la zone menacée étant extrait sans ménagement d’un tunnel vers 17h.

Pour suivre le déroulement de la journée de lundi, consultez la ligne du temps d’Indymedia.

A la suite de l’expulsion, une manifestation se tient à Bruges ce mercredi sur la place du marché ("Markt") à 19h30. Elle a d’autant plus d’importance qu’elle sera la première occasion de réagir aux résultats de la négociation qui aura eu lieu le jour même entre le Ministère flamand de l’Environnement et le propriétaire, Fabricom. Si les deux parties parviennent à s’entendre sur un prix de vente pour la quasi-totalité du bois, la manifestation aura sûrement des airs de fête. En cas d’échec des négociations, le ton sera à l’amertume... et à l’action.

Rendez-vous à 17h45 gare Centrale à Bruxelles ou directement dans le train vers Bruges, qui part de cette gare à 18h04. Si vous partez plus tard ou en voiture, voici un plan de Bruges

La place du marché, lieu du rassemblement, est accessible à partir de t’Zand (à 2 pas de la gare) en prenant la Zuidzandstraat puis la Steenstraat.

L’émission radio du CST, Ondes d’usages, comportait ce mardi 8 oct. un reportage réalisé au Lappersfort.

Vous pouvez contacter directement les personnes présentes à Bruges, à mA.f@pandora.be ou au 0497/ 99 03 58.


LAPPERSFORT, un bois menacé de disparition par la construction d’une route et d’un zoning industriel.

LAPPERSFRONT, un village dans les arbres, construit et habité depuis plus d’un an pour résister à la destruction.

A travers la lutte impressionnante développée autour de ce bois depuis plus d’un an, un enjeu majeur apparaît clairement : éviter qu’une fois encore la politique d’extension du réseau autoroutier, vestige du 20me siècle, s’impose, au détriment du choix de modes de transport non polluants et moins destructeurs, dont la pertinence a été démontrée ici par un travail de contre-expertise associatif.


Un joli bois, situé à moins de 2 km du centre de Bruges, abandonné par l’homo sapiens depuis de nombreuses années et présentant une biodiversité exceptionnelle dans cette région (7 biotopes différents sur 25 ha) est menacé de disparition partielle en raison de l’aménagement d’une nouvelle route censée désenclaver Bruges par le sud (zuidelijke ontsluiting) et de l’établissement d’un parc industriel.

Face aux intentions de plus en plus précises de la ville de Bruges, un groupe de personnes a pénétré sur le site du Lappersfortbos en août 2001, l’a rouvert au voisinage qui en ignorait parfois même l’existence et s’est installé dans les lieux en vue d’empêcher leur destruction. Voilà plus d’un an que 20 à 40 personnes vivent sur place en permanence, soutenues par un ensemble d’associations de riverains, environnementales, archéologiques, de jeunesse etc. (voir ci-dessous pour un résumé de cette année de résistance).

Cependant, après plusieurs mois de silence, le propriétaire privé du bois, la société anonyme Fabricom, dont Tractebel(groupe Suez) est actionnaire à 98%, a ouvert les hostilités devant le tribunal de justice de paix. Elle a obtenu une décision d’expulsion des occupants applicable depuis le lundi 16 sept. à midi

Les occupants du Lappersfort lancent dès maintenant un appel à soutien.

A travers la lutte impressionnante développée autour de ce bois depuis plus d’un an, un enjeu majeur apparaît clairement : éviter qu’une fois encore la politique d’extension du réseau autoroutier, vestige du 20me siècle, s’impose, au détriment du choix de modes de transport non polluants et moins destructeurs, dont la pertinence a été démontrée ici par un travail de contre-expertise associatif.

Comment marquer son soutien au projet du Lappersfort ?

- bien sûr en rejoignant les occupants dans le bois lui-même, où ils ont aménagé un réseau de cabanes au sommet de certains arbres, pour retarder autant que possible les travaux d’abattage. Mais attention : prendre part de cette façon à la défense des lieux suppose de partager les conséquences financières éventuelles de l’expulsion, dont les frais sont évalués a priori à 25 millions bef - 625.000 euros (vu le système de défense mis en place, les travaux d’expulsion devraient en effet durer des jours et impliquer un matériel énorme).

- celles et ceux qui préfèrent ne pas s’exposer à de tels risques peuvent malgré tout soutenir les occupants de plusieurs manières :

* en aidant à assurer une surveillance à la limite du bois ;

* en prenant part aux initiatives qui se dérouleront dans la ville de Bruges à l’extérieur du Lappersfort dès que l’expulsion aura commencé ;

* en donnant un coup de main comme observateur légal (membre d’un "legal team") des agissements des forces de l’ordre durant leur entrée en action ;

* en propageant l’information sur la lutte en cours ;

* en contribuant financièrement au paiement des frais de justice et des autres dépenses liées à l’activité sur place ;

* en communiquant un n° de tél ou un e-mail grâce auquel chacun sera averti dès le début de l’expulsion. Envoyez ces coordonnées à mA.f@pandora.be ou au 0497/ 99 03 58.

Les indications pour rejoindre le bois figurent au bas de ce message.

Si vous souhaitez en savoir plus, différents textes sont disponibles sur indymedia belgique (en néerlandais pour la plupart).

Vous pouvez aussi consulter le dossier complet du plan alternatif visant à désenclaver le sud de Bruges sans démolir le Lappersbos (dossier élaboré avec plusieurs associations brugeoises).

Survol d’un an de résistance pratique à l’engrenage des bétonneurs (texte des occupants, traduit et adapté par Françoise, publié sur Indymedia)

Depuis août 2001, un groupe de personnes occupe le domaine dit du " Lappersfortbos " à Bruges ("lappers" en français signifie "raccommodeurs" ou "savetiers"). Ce campement permanent a été mis en place pour protéger la forêt qui devrait disparaître pour laisser la place à un site industriel et une route. La SA Fabricom, propriétaire de la forêt, a récemment assigné les occupants du "Lappersfortbos" en justice et elle exige leur expulsion des lieux. Un juge a ordonné le lundi 9 septembre le départ des activistes du Lappersfort pour le vendredi 13.

Cette décision est applicable depuis ce lundi 16 sept. à 12h. Les activistes doivent payer une ’redevance d’occupation’ d’un euro par personne par jour s’ils restent dans le bois. Le juge n’a pas voulu prendre en compte l’argument selon lequel Fabricom a acheté le terrain il y a vingt ans et veut maintenant le revendre à grand profit.

Commençons par un petit aperçu de la situation belge

La Belgique est scindée en deux : la partie flamande au nord, et la partie francophone au sud. Il n’y a plus en Belgique d’endroits vraiment sauvages, mais le sud du pays héberge beaucoup plus de nature et de forêts.

Bruges se trouve dans le nord du pays, en Flandre Occidentale, une province qui à l’origine était fort boisée et marécageuse, mais où les terres sont maintenant entièrement consacrées à l’agriculture, à l’industrie, aux routes et aux maisons... (Entre parenthèses, la Belgique a le réseau routier le plus dense du monde) Il est donc important de prendre soin du peu de nature qui subsiste.

Le bois

Le Lappersfort est situé au sud de Bruges, près du canal qui relie la ville à Gand. On dispose de peu d’information à propos du site, car les archives furent entièrement détruites lors d’un incendie après la seconde guerre mondiale.

Ce qui est sûr, c’est que l’endroit fut utilisé pour le stockage d’armes par la FN (usine d’armes) pendant l’entre-deux-guerres. A l’heure actuelle, le domaine est la propriété de Fabricom, un géant de l’industrie sidérurgique, qui à l’intention de le vendre.

L’absence d’activité humaine pendant de nombreuses années, a permis à la nature d’y reprendre ses droits. Le bois contient sept biotopes naturels différents, et par sa situation près du canal, de nombreux oiseaux viennent s’y reposer pendant leurs migrations. Il y a aussi un marais où des oiseaux viennent se reproduire. Nous y avons détecté trois types de hiboux, des rouge-gorges, des mésanges et des pics-verts. De nombreux écureuils, des chauve-souris et pleins de moustiques occupent les lieux. Les vieux arbres sont plutôt la norme que l’exception : des chênes, des marronniers et des bouleaux. Dans les marais, on trouve aussi de nombreux peupliers, qui y furent plantés afin de les dessécher (pour y planter des bâtiments). En ce moment, ces peupliers sont en train de mourir un à un, et le marécage renaît dans toute sa splendeur. Le bois a une superficie totale de 24 hectares.

Les plans

Le problème fondamental, c’est qu’une toute petite partie seulement est réservée comme zone boisée sur les plans d’aménagement de la ville. Une grande partie du terrain est réservée aux petites et moyennes entreprises. Pour le moment, le bois est menacé par deux projets différents (un troisième, visant à l’installation sur place d’un dépôt pour les bus de De Lijn, a été abandonné par la société flamande de transports en commun grâce à l’émoi que causait ce plan).

-  La route La ville de Bruges a l’intention de construire une nouvelle route pour connecter l’autoroute et le périphérique de Bruges. En fait, il s’agit plutôt de relier l’autoroute à la gare, où il est prévu de bâtir un nouveau complexe de cinémas. Grâce à la publicité faite aux actions du camp du Lappersfort, ce projet a été revu et il ne s’agirait plus que de l’élargissement d’une petite route pour le trafic local. Cet élargissement aurait toutefois lui aussi un effet négatif sur la nature.

-  L’industrie Une grande part de la partie marécageuse est réservée à la petite industrie. La ville affirme maintenant que si la route est construite, elle est disposée à discuter avec le propriétaire pour en changer la destination. (Le conseil communal semble sentir la pression suite aux actions, et tient à redorer son blason). Le Lappersfront craint qu’en cas de négociations, une partie importante des marécages sera transformée en parking.

Si les plans mentionnés ci-dessus sont réalisés, un quart seulement du site serait préservé dans l’état actuel.

Présentation de l’action et historique

Un camp d’action est l’un des moyens les plus efficaces pour protéger un bois, parce qu’on le protège activement par le seul fait qu’on est présents. C’est pourquoi le Lappersfront occupe le bois.

Comme le Lappersfront était le premier à organiser une telle action en Belgique, ils ont eu un tas de choses à apprendre, tant sur le plan juridique que d’un point de vue pratique.

Une semaine après le début de l’occupation, le Lappersfront a informé la presse, la police et le propriétaire. La presse locale semblait intéressée, mais la presse nationale n’a pas suivi. Une semaine plus tard, la police est venue annoncer que l’action était illégale. Il est juridiquement impossible d’empêcher la police d’accéder au site, mais il leur faut un préavis pour entrer dans les tentes ou dans les cabanes. Pour l’instant, ils ne viennent sur le site que lorsque des personnes disparaissent dans un périmètre de cent kilomètres. Le conseil communal a déclarée que l’action était prématurée, puisque ses plans n’en étaient qu’à la phase préparatoire. Le propriétaire s’est montré assez aimable au début. En septembre 2001, la police voulait évacuer les lieux, car elle craignait qu’on y hébergerait de violents manifestants anti-mondialistes. Le propriétaire s’est interposé car il voulait toujours négocier avec le Lappersfront. Les négociations n’eurent finalement pas lieu, car le propriétaire a finalement compris que les occupants voulaient sauvegarder toute la région.

Peu de temps après les premières publications à propos du bois, de nombreuses personnes originaires de Bruges vinrent visiter ce bois qui jusqu’alors leur était resté inconnu et furent charmés par la beauté des lieux. Des sympathisants sont arrivés du monde entier. Des activistes hollandais ont aidé à construire les huttes dans les arbres et à restaurer l’ancienne maison cochère. Quelques personnes du ’Nine Ladies Protest Site’ (Grande-Bretagne) sont venues construire une tour sur la maison. Des gens sont venus apporter de la nourriture, du matériel de construction et d’alpinisme…

Au début, les activistes se réunissaient tous les soirs autour du feu. Maintenant la fréquence de ces réunions est réduite à une réunion hebdomadaire. Pendant l’hiver, le silence a entouré l’action, mais les activistes ont découvert qu’ils étaient capables de faire bouger les choses autour d’eux en organisant des réunions de quartier avec des reportages, des débats, des crêpes végétaliennes, … Ces soirées ont beaucoup de succès.

Dans le courant du mois d’avril 2002, le Lappersfront a bénéficié de pas mal d’attention de la part de la presse. Ils ont entre autres organisé une conférence de presse avec des organisations plus traditionnelles pour attirer l’attention sur d’autres endroits menacés par l’industrie. Lorsque la presse a entendu que le Lappersfront en était à son 250e jour d’occupation, la presse nationale s’est montrée fort intéressée : après la publication d’un article dans un journal national, des activistes furent interviewés pour le journal de 19h, on vint tourner un reportage, le Lappersfront fit la une d’un journal français, un membre du Lappersfront fut invité à participer à un important débat télévisé, …

Si le Lappersfront a appris une chose au cours de cette unique occupation, c’est bien qu’il faut se méfier de l’hypocrisie de la presse, plus encline à apporter des messages à propos de la vie quotidienne qu’à montrer la nature qui risque d’être détruite. D’un autre côté, la presse s’est montrée globalement positive.

Les mois de l’été 2002 ont marqué le passage à la vitesse supérieure de l’occupation-libération des lieux : fin juillet, une exposition artistique, "Schepsels" ("Créatures") a été montée dans le bois (ce qui a suscité une réaction indignée de Fabricom par voie de presse) et la semaine du 5 au 11 août a vu se dérouler à Bruges un camp d’action à l’occasion du premier anniversaire de l’occupation. S’y sont succédé des « pressions chirurgicales » sur certains des acteurs du dossier (le bourgmestre de Bruges, que les Lappersfronters ont du aller réveiller à son domicile pour qu’il daigne enfin « visiter » le bois quelques jours plus tard, la société Group Planning, en charge de la cartographie des projets de démolition…), une Street Party le samedi 10 août, d’innombrables rencontres avec les Brugeois charmés par les lieux etc.

Comment arriver au Lappersfortbos ?

En sortant de la gare de Bruges par l’entrée principale, traversez la place de la gare et tournez à droite. Avant le grand pont, prenez à nouveau à droite (Vaartdijkstraat) et longez le canal. Vous longerez un terrain industriel, mais continuez tout droit, en passant devant les bâtiments de l’entreprise Bombardier. Au carrefour, le bois commence à droite (une cabane abandonnée sur le coin porte quelques graffitis qui vous confirmeront que vous y êtes). Continuez le long du canal jusqu’à apercevoir une trouée dans la végétation sur la droite et prenez le sentier bordé de saules. Le Lappersfort s’ouvre à vous.








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