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"La gratuité va à l’encontre d’une consommation responsable"

Collectif sans ticket - octobre 2001


On nage ici en plein fantasme de certains tenants de "la pédagogie à la consommation responsable" : le citoyen doit savoir que tout a un prix, sinon il abuse, déjette, gaspille ! Lui offrir un service gratuit concourerait à lui faire croire que ce service ne coûte rien.


Ce sont bien sûr les populations que ceux-là qualifient souvent de "non cultivés" qui constituent ici le public cible de cette pseudo pédagogie citoyenne. Que tout a un prix, a un coût, les "plus pauvres", les "moins cultivés" le savent. Mieux que quiconque sans doute ! Il n’est point besoin de le leur rappeler à coup de tarifs impayables et d’amendes qui les mettent en insolvabilité, en surendettement.

On n’instaure pas la consommation responsable à coups de sélection financière des usagers, de provocation à la fraude (du fait de tarifs prohibitifs) et de ponctions forcées sur des revenus scandaleusement faibles ! Mais ce que craignent surtout les tenants d’un tel discours [1], c’est que le transport gratuit ouvre la brèche du désir : prendre le bus ou le train, voyager, circuler par plaisir, par aventure, par simple désir d’aller à la découverte ou de se déplacer avec curiosité dans un territoire, voilà qui serait inconcevable, voilà ce qui serait de l’abus ou du gaspillage. A leurs yeux, ce n’est que dans le cas où il se rend à une formation "sérieuse", il se soumet à l’obligation morale d’aller travailler ou se livre à la pratique économiquement utile de l’emplette parcimonieuse et responsable que "le peuple" doit pouvoir se déplacer, ou du moins que les deniers publics ont à financer partiellement ses déplacements.

Pour rétrograde et moraliste qu’il soit, ce type d’argument n’en démontre pas moins que, derrière l’enjeu de la mobilité et de l’accès gratuit, se posent souvent en toile de fond des systèmes de valeurs que l’argumentation rationnelle ne suffira sans doute pas à déstabiliser et encore moins, hélas, à modifier.

On le voit, les arguments qu’opposent les tenants du maintien d’une pratique tarifaire, pourtant manifestement excluante et discriminatoire, sont soit fort peu consistants, soit très fantasmatiques. Ils masquent en fait , d’une manière générale, soit une volonté implicite de conduire le transport public dans la voie de la privatisation, ce qui serait une catastrophe pour la majorité de la population, soit un désir, à peine implicite par contre, de maintenir "en dehors", sur le quai ou sur le trottoir, une population manifestement indésirable, soit encore de faire de la tarification des services publics un levier de la disciplinarisation et de la moralisation des classes les plus pauvres, les plus "exclues".

Ces pratiques tarifaires en effet concourent au maintien de procédures de contrôle, de répressions et de sanctions financières et judiciaires lourdes et, en bout de course, de ghettoïsation d’une frange croissante de la population. Entrerait-il dans l’intention de nos gouvernants de maintenir une telle situation ? On ne répondra par l’affirmative à cette question que si l’on peut répondre à la seule objection qui tienne : permettre le libre accès ou l’accès gratuit aux transports publics implique de trouver, et donc de proposer des modes de financement substitutifs réalistes. Nous allons maintenant tenter de démontrer que cela est tout à fait possible.



[1] Tenu notamment par de hauts responsables des départements de la Mobilité de notre pays.











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