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Le quotidien de 30% des usagers, en dehors de la "Journée sans voiture"...
Des transports publics antisociaux !
Texte paru dans la revue C4 de mars/avril 2000 (n°72)

D.F. - 9 avril 2003


La direction de la STIB aurait enfin été "convaincue" par le ministre bruxellois des transports de mettre en place l’accès gratuit le 21 septembre 2003, lors de la journée "En ville sans ma voiture", après avoir rejeté cette même initiative l’an dernier (ce qui montre bien que la STIB n’occupe pas un simple rôle "d’exécutante" des souhaits ministériels - elle propose ou résiste, bref, elle élabore ce qui a trait aux choix tarifaires). Le texte ci-dessous, issu de la revue C4, rappelle que, au-delà d’opérations-séduction comme celle du 21 septembre, une "mobilité publique à deux vitesses" s’instaure de plus en plus ouvertement dans les transports en commun bruxellois - en conformité avec la mission du directeur général de la STIB, Alain Flausch : préparer les esprits et la structure des coûts au sein de la STIB à adopter les critères de fonctionnement d’une entreprise à but lucratif.

Notons que depuis mars 2000, moment où l’article a été écrit, si un abonnement "social" a vu le jour pour les VIPOs (laissant à quai les chômeurs, les travailleurs atypiques, les étudiants sans ressources etc.), en revanche, le contrat de gestion de la STIB signé en mars 2001 a pour la première fois autorisé la société de transports à augmenter annuellement ses tarifs de 2%... en plus de l’inflation.


En schématisant à l’extrême, on pourrait penser que les pauvres se déplacent en transports publics et les classes moyennes ou aisées en voiture individuelle. La réalité est en fait plus nuancée : la voiture est un symbole social évident, à tel point que des personnes à faible revenu surinvestissent dans son achat et son utilisation. Imiter les classes dites supérieures n’a rien de nouveau. A l’inverse, une partie des classes moyennes (et plus rarement des classes aisées) optent pour les transports publics, soit par souci de rapidité (quand c’est le cas), soit pour limiter à une unité le nombre de véhicules du ménage.

Toutefois, on ne peut nier que pour les personnes les plus défavorisées, les transports publics (voire un vélo) sont les seuls moyens de locomotion abordables. Abordables, car ceux-ci, bien que bon marché par rapport à l’usage d’une voiture, représentent un poids important, voire démesuré, dans le budget des ménages les moins nantis. Ce problème est aggravé par l’absence d’abonnements sociaux et par le montant des amendes en cas de fraude.

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Prix des abonnements MTB 1989-99

Le graphique ci-contre compare l’évolution du prix de l’abonnement aux transports publics bruxellois (MTB) à celle de l’indice des prix à la consommation depuis 10 ans (en considérant que tous deux valaient 100 en 1989). Le résultat est assez édifiant, puisqu’il permet de constater que le prix de l’abonnement a augmenté deux fois plus vite que l’indice des prix. Et ce dans un contexte d’accroissement de la pauvreté. Cette augmentation a servi à participer à l’accroissement du budget annuel de la STIB. La dotation publique ayant augmenté d’autant, la part des titres de transports dans le budget est restée stable (un tiers).

Cette forte augmentation du prix des billets illustre l’absence de prise en compte des problématiques sociales par les pouvoirs publics. Ces augmentations ont en effet d’in-quiétantes implications pour les personnes socialement défavorisées, pour lesquelles le budget affecté aux dépla-cements est important par rapport au revenu disponible. Or, de 1991 à 1998, le budget annuel de la STIB est passé de 9 à 11,2 milliards de francs, et la part de la vente des titres de transport dans cette augmentation n’est que de 762 millions. Ceci montre bien qu’une augmentation du prix des billets ne permet qu’une faible augmentation des recettes, alors qu’elle pèse pour beaucoup dans le budget des couches populaires. La Région aurait pu financer seule l’augmentation du budget et maintenir des tarifs raisonnables.

Le problème pourrait être atténué de diverses manières : gel du prix des titres de transport (voire diminution) et accroissement du financement des transports publics par les pouvoirs publics, abonnements sociaux, distribution d’abonnements par les CPAS.

Signalons que les abonnements sociaux ne résolvent cependant que partiellement le problème, car en sont d’office exclues les personnes en marge de la société officielle (sans abris et sans papiers). Ils supposent également un travail administratif spécifique et peuvent être ressentis comme humiliants par les ayant droits (voir à ce propos La STIB, entre coup par coup promotionnel et promotion du service public

Mieux vaut donc maintenir des tarifs raisonnables qui profitent à tous. Mais dans un contexte de désengagement croissant des pouvoirs publics de leur rôle redistributif, la partie est loin d’être gagnée.








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