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Collectif sans ticket - 22 septembre 2000


Il semblerait que la période grise des années 80 soit derrière nous. En effet, depuis le début des années nonante, un nouveau cycle de luttes s’est ouvert. Une des caractéristiques des combats qui se mènent depuis cette ouverture consiste dans le déplacement du terrain de la confrontation. La centralité de l’antagonisme capital/travail fait place à une multiplication des terrains d’intervention : santé, éducation, chômage, sans-papiers, ... C’est dans ce cadre que s’inscrit la lutte que mène depuis deux bonnes années le Collectif sans ticket.


Le CST est né du besoin et du désir, pour des groupes de chômeurs, de se rencontrer, afin d’organiser une résistance face aux contrôles dont ils font l’objet. Ces groupes provenant de différentes villes, il fallait bien en passer par l’utilisation du train. Alors au début, on se débrouille, on avance pour ceux qui n’ont pas la thune pour payer un billet Bruxelles-Liège par exemple (un peu plus de 400 balles l’aller simple).

Les rencontres se mutiplient, les voyages également...et la bourse-peau de chagrin disparaît. Le train, service public ? Si je me rappelle bien, cela signifie que tout le monde fait son possible pour que tout le monde puisse voyager.

Et bien c’est plus compliqué que cela. Quand t’as pas un balle, tu restes chez toi ! C’était sans compter l’inventivité dont les gens peuvent faire preuve quand ils décident que c’en est fini de cette ritournelle surannée, que c’en est fini de courber l’échine, alors que tout les moyens sont là.

Bref, qu’il est temps de relancer une lutte, des luttes, pour des droits sociaux qu’il s’agit de conquérir. Tant qu’il n’y aura personne pour gripper les beaux plans de mobilité, les réformes de la sécu, l’expulsion systématique dans la misère et les boulots à cinq francs d’une frange de plus en plus nombreuse de la population, ceux d’en haut auraient tort de se priver. Nous décidons donc, en octobre 98, de lancer une Carte de droit aux transports. On n’essaie pas de se cacher, de frauder, mais plutôt de mettre sur la place publique un problème qui affecte le quotidien de nombreuses personnes, et d’en parler avec les premiers concernés, ceux qui sont censés nous sanctionner.

Alors il est vrai que les P.V. et autres C170 (document de régularisation adressé à ceux qui ne sont pas munis d’un titre de transport valable) s’accumulent. Ce qui se révèle le plus intéressant dans l’utilisation de cette carte, c’est son côté interface. Elle nous a permis en effet d’avoir de nombreuses discussions avec les accompagnateurs ( nous préférons ce terme à celui de contrôleur, qui n’est certainement pas la partie la plus intéressante ni la plus importante du travail que ces gens effectuent). Parfois houleuses, mais le plus souvent intéressantes. Cela permet en effet de faire vaciller les cloisonnements dans lesquels se trouvent enfermés les utilisateurs et les travailleurs. On se rend compte qu’entre eux et nous, les différences sont parfois minimes : mêmes vexations, même contrôle, même insécurité.

Alors c’est pas tous les jours évidemment, mais régulièrement, on a affaire à des gens qui nous comprennent, que ca emmerde d’être enfermé dans un rôle de petit flic. Des gens qui comme nous se demandent ce qu’il leur arrivera le jour où ces boîtes seront complètement privatisées. Nous on se dit qu’avec les gens qui font fonctionner les transports, il doit bien y avoir moyen d’imaginer une autre façon d’organiser, de manière plus autonome et horizontale, le système des déplacements. C’est le pari que nous faisons, mais on sait bien que les solutions ne seront jamais globales, qu’elles devront se créer, s’inventer de façons partielles, locales. Bref, comment introduire un peu d’impertinence et d’imagination collective dans le monde aseptisé des managers et spécialistes de la communication rentable ? Comment détrôner cette nouvelle figure du pouvoir, diffuse mais non moins contraignante : le client ?

Bien souvent, les gens qui entendent parler du collectif l’associent à l’idée de gratuité. Nous ne l’avons jamais revendiquée en tant que telle. Tel n’était pas notre objectif premier. Il nous paraît assez évident qu’une gratuité qui s’accomplirait au détriment des travailleurs des services publics n’aurait aucun sens. Mais il est clair pour nous que celle-ci n’est pas négligeable, voire même qu’elle serait beaucoup plus raisonnable dans sa mise en œuvre, si elle est appliquée à l’ensemble des usagers.

Et ce pour au moins deux bonnes raisons.

Premièrement, comment, avec la prolifération actuelle des statuts des allocataires sociaux (CPAS, chômeurs isolés, chef de famille, indépendant complémentaire, etc.) et des statuts de travail à contrat déterminé, temps partiel, etc., mettre en place une gratuité pour une catégorie déterminée de la population ? Il importe ici de ne pas introduire de clivage et tensions entre ceux qui travaillent pour un salaire ridicule et qui en fin de mois en viennent à gagner moins qu’un chômeur, et ces mêmes chômeurs, etc.

Deuxièmement, un système basé sur des catégories ne ferait que remettre une couche de contrôle sur une population déjà sous haute surveillance, toujours soupçonnée de profiter du système. Les vieilles catégories du 19me, celles d’oisiveté et d’ivrognerie affleurent toujours dans le regard de ceux qui se sont fait un devoir de nous intégrer.

Est-il inutile de préciser que, via l’impôt ou via la TVA, nous contribuons tous au financement de ces services ? Et pourtant, certains restent à quai, ou restaient...

Les journaux nous annoncent une rentrée sociale chaude... il était temps ! Nous comptons bien y contribuer.

En effet, après s’être fait attendre de nombreux mois, la SNCB a décidé de réagir à notre pratique jugée intempestive. Les premiers procès commenceront au mois d’octobre. La vingtaine de personnes invitée à ce jour à passer devant le tribunal de police de Bruxelles, le sont sur la base d’infractions de type contravention. Au même titre donc que l’automobiliste qui aurait dépassé la vitesse réglementaire. Il va de soi que nous ne nous laisserons pas ainsi sanctionner par un juge dont nous estimons qu’il n’est pas compétent pour traiter l’ensemble des questions que soulève la pratique du droit au transport.








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